Espagne. Cinq ans après la guerre, le pays vit sous le joug de
l'armée franquiste. Ofélia accompagne sa mère Carmen qui rejoint
son nouvel époux, le capitaine Vidal, officier tyrannique chargé
d'éliminer les dernières poches de résistance. Dans les bois, la
fillette découvre un labyrinthe dont le maître des lieux, un faune,
lui annonce qu'elle est la princesse du royaume dans lequel il
vit.
Autant l'annoncer d'emblée : « le labyrinthe de Pan » est une des
meilleures choses qui soit arrivée au cinéma depuis longtemps.
Réalisateur habitué à régaler les fans de fantastique pop corn
décomplexé (Hellboy, Blade 2, Mimic), Guillermo Del Toro sait
également offrir des perles de fantastique de haute volée, et plus
cérébral (l'échine du diable, Cronos). Alors qu'il venait de
s'assurer une place à l'ombre des palmiers hollywoodiens, le voilà
qui revient en Espagne pour y signer son chef d'œuvre, qui
s'inscrit pleinement dans la deuxième catégorie. Ses thèmes et
obsessions sont toujours là, de Franco à la perte de l'innocence,
en passant par les créatures de toutes sortes.
Sorte d'Alice voulant échapper à une réalité trop dure, Ofélia se
laisse glisser dans ce pays des merveilles, imaginaire ou pas, dans
ce labyrinthe mystérieux gardé par une créature fantastique. Un
monde féerique s'ouvre à elle, peuplé de créatures terrifiantes, de
divinités ancestrales, d'un bestiaire témoignant d'une originalité
folle, digne de Dali, devant nos yeux ébahis. Mais l'imagerie ne
serait qu'illustration sans le sens.
A la limite de l'insoutenable quand il s'agit de montrer les actes
barbares que fait subir le terrifiant capitaine Vidal à ses
victimes (Sergi Lopez, impressionnant), le film atteint une grâce
inouïe lors qu'il nous plonge dans le songe et le fantastique. Les
couleurs et les décors somptueux, associés à une imagination
foisonnante, donnent à cet univers une puissance visuelle
époustouflante. Plus le réel est froid, tragique, cruel, plus
l'envie de croire à l'incroyable grandit. Par cette opposition, «
le labyrinthe de Pan » confronte notre regard d'adulte incrédule à
celui de l'enfant, monde de peurs et de rêves.
Dans ce jeu de miroir entre la réalité brutale de la guerre et le
monde onirique du conte de fées, Guillermo Del Toro réalise un vrai
miracle : toucher en douceur le spectateur, pour y laisser
s'engouffrer, à la fin, l'émotion avec force. Quelle belle palme
d'or ce film aurait fait si le jury ne lui avait préféré Ken Loach
! Décidément, malgré « le retour du roi », le cinéma de genre a
encore beaucoup de chemin à parcourir avant d'ouvrir pleinement les
yeux de ceux qui décernent les prix ...
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Date de création : 19/10/09 Dernière mise à jour : 23/10/09 19:38 / 166 articles publiés





