Un matin dans un champ de maïs, d'étranges cercles apparaissent.
Graham Hess, un ancien pasteur, refuse dans un premier temps
d'admettre la vérité: des extraterrestres préparent un débarquement
sur la planète Terre. Il devra protéger les siens pour repousser
l'invasion.
Le metteur en scène, fidèle à lui-même (et donc à ses deux
principales influences cinématographiques que sont Alfred Hitchcock
et Steven Spielberg), signe une oeuvre sobre et maîtrisée, un petit
bijou d'épouvante sous haute tension. Contrairement à la plupart
des cinéastes actuels, il ne fait pas dans la surenchère technique,
pas de montage à la hache, pas d'effets de style à tout va. Il n'en
a pas besoin. Certains plans, comme les premières brèves
apparitions des aliens, sont l'expression de son génie
cinématographique. Son talent s'exprime dans une rare composition
des cadres. Il enferme ses personnages dans des cadres à
l'intérieur même du cadre, réduit leur espace au sein même d'un
lieu déjà restreint, jusqu'à les enfermer dans la cave, joue avec
la lumière et l'isolement pour provoquer un sentiment de panique.
Aucune vulgaire surenchère, aucun effet facile, l'approche
minimaliste de Shyamalan traduit une mise en scène personnelle et
constante depuis trois films. On assiste à la confirmation d'un
auteur. On retrouve les thèmes chers au réalisateur, notamment
celui qui guide les personnages principaux de ses trois derniers
films: la quête d'un sens à sa vie. Le jeune garçon de "Sixième
sens" ne savait que faire de son don, tout comme son psychiatre
ressentait qu'il avait une tâche à accomplir avant d'en avoir fini
avec la vie. Dans Incassable, le héros découvrait son pouvoir et,
aidé d'un autre personnage cherchant sa place dans ce monde, le
déployait alors, s'épanouissant pleinement. Dans Signes Shyamalan
ne quitte pas son personnage principal, l'ancien Pasteur Graham
Hess. Le film sera son chemin vers l'épiphanie. Comme ses
prédécesseurs, il est tout d'abord en phase de déni, puis peu à peu
se laisse convaincre. En bon patriarche, il cherche à protéger sa
famille, mais cède à certaines contraintes. Afin de mener à bien
cette mission, il doit s'informer. Il accepte de regarder la
télévision.
Le petit écran est l'instrument essentiel appuyant la thèse selon
laquelle les choses ne sont pas telles que veut les voir Graham
Hess. Pendant toute la première partie du film, ce dernier limite
et finit par interdire l'usage de la télévision, sous prétexte
qu'elle rend les gens "obsédés". Ils vivent à l'écart de la
population et la télévision est leur unique source d'information.
Que présente la télévision? La peur. L'insécurité. Des vaisseaux
invisibles immobilisés dans les airs, comme pour nous surveiller,
une vidéo amateur où passe brièvement un des "envahisseurs" ...
Possédé, obsédé par celles-ci, l'individu lambda se met à croire
tout et n'importe quoi, accepte comme légitimes les suppositions
scientifiques lues dans un livre d'un dénommé Dr.Bimboo, tout en
arborant une sorte de bonnet en papier aluminium pour ne pas
"qu'ils lisent nos pensées". Shyamalan tourne même plus ou moins en
dérision une des thématiques récurrentes de sa filmographie
(héritée de Spielberg). Que ce soit le jeune Cole dans "Sixième
sens" ou le fils David Dunn dans "Incassable", les enfants sont
généralement doués ou en avance sur les adultes et c'est encore une
fois le cas ici, exploitant évidemment la crédulité des enfants. Le
réalisateur transforme les deux adultes initialement incrédules en
mômes apeurés. Ils retournent à un âge où il leur sera plus facile
de croire. Cependant, ils deviennent par la même occasion plus
naïfs et donc plus enclin à avoir foi dans les rumeurs colportées
par la télévision.
Au centre du film figure un dialogue crucial, entre Merrill Hess et
son grand frère, l'ancien Pasteur Graham Hess. Celui-ci a perdu la
foi. Sa femme est décédée dans un accident de voiture et il élève
seul ses deux enfants. Ils vivent avec Merrill dans le Comté de
Bucks, non loin de Philadelphie. Ils habitent une grande maison
entourée d'un immense champ de maïs. Quelques jours auparavant,
d'étranges figures circulaires sont apparues. Elles font la taille
d'un terrain de football. Elles ne sont pas le fait d'adolescents
perturbateurs. C'était le premier signe d'une invasion
extraterrestre. Une fois toutes ces informations présentées et
définitivement acceptées comme étant la réalité, le porte-parole du
réalisateur, Graham Hess, nous expose alors sa conception du monde,
ou plus précisément, la façon dont il divise les gens en deux
catégories: dans la vie, quand de bonnes choses vous arrivent, le
premier groupe de personnes verra en ces événements des signes,
peut-être même des miracles alors que le second groupe réfutera
cette interprétation, évoquant des coïncidences chanceuses. Il
s'adresse alors à son frère, celui qui l'a toujours vu comme un
modèle infaillible, une figure paternelle qui avait toutes les
réponses, et il lui dit simplement qu'il faut connaître sa place.
Soit on voit des signes et on se dit que les choses arrivent pour
une raison précise, et donc que quelqu'un nous protège, soit on n'y
voit que des coïncidences, et on vit dans la peur. "J'ai peur", dit
Graham Hess. Graham Hess a perdu la foi.
Le héros transmet ainsi le message du cinéaste et offre une clé
pour la compréhension du film. Signes dépasse le simple statut de
film d'épouvante. Il recèle un fond qui remet en question l'issue
même du film. Comme souvent chez Shyamalan, c'est lors du
dénouement que l'éclairage est apporté au film. Je ne révèlerai
rien de cette séquence exceptionnelle qui mélange, suspense, S.F
pure et prédiction. La lecture du film devient alors double, car
selon le point de vue que l'on adopte, son interprétation reste
ainsi l'apanage même du spectateur. Ce dénouement prend un tout
autre sens si on interprète ces signes comme de simples coups du
hasard ou comme une succession de signes révélateurs, et qu'on
analyse les indices semés par M. Night Shyamalan.
Bien que le réalisateur ait déclaré dans certaines interviews qu'il
donnait une importance aux différents signes qu'on peut voir dans
notre vie, il ne fait nul doute qu'il laisse le choix aux
spectateurs d'interpréter le film des deux manières différentes.
Shyamalan est (toujours) un génie de la mise en scène et de la
narration. Vous l'aurez compris, "Signes" est un film à double
lecture : une invasion extraterrestre prétexte à une profonde
réflexion sur la foi. A l'heure de "la guerre des mondes" et autres
"independance day", quelle audace et quel génie que de nous faire
vivre la plus éprouvante attaque extraterrestre que nous ayons vu
au cinéma ! Et tout çà en ne nous permettant que d'entrevoir un
seul d'entre eux ! Un véritable contrepied artistique et
scénaristique quand le cinéma regorge d'effets spéciaux explosifs
!
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Date de création : 19/10/09 Dernière mise à jour : 23/10/09 19:38 / 166 articles publiés



