Jeff, un tueur à gages décidé à changer de vie va, lors de son
dernier "contrat", provoquer la cécité d'une jeune chanteuse. Pour
trouver l'argent nécessaire à l'opération de la jeune femme, il
accepte un autre contrat.
Attention : film culte ! The killer est LE chef d'oeuvre de John
Woo, et ce à bien des égards.
Passons rapidement sur le casting. Sally Yeh n'apporte rien
d'exceptionnel, vu qu'il lui est juste demandé de pleurer et crier.
L'histoire d'amour de son personnage avec celui de Jeff est
improbable, et est appuyée par une musique légèrement niaise. Ce
léger défaut scénaristique fait écho au côté "déjà vu 100 fopis" de
l'histoire du flic et du tueur. Mais c'est sans compter sur la mise
en scène de John Woo et sur ses deux acteurs principaux. Danny Lee
est impeccable en flic intègre et presévérant, avec juste ce qu'il
faut de hargne et de conviction. Quant à Chow Yun Fat, il suffit de
voir avec quel charisme et quelle classe légendaire il interprète
ce tueur pas comme les autres pour se rendre compte à quel point
cet acteur est un mythe !
Alors si le film est basé sur une histoire pouvant céder à la
guimauve et la répétition, comment se fait-il que "the killer" ait
une réputation aussi élogieuse ? Tout simplement parce que John Woo
a fait en sorte que l'association des défauts et des qualités fasse
basculer son film vers le mélodrame d'action.. Et ça marche ! C'est
là son premier exploit.
Ce film est un poème épique et violent, à la mise en scène d'une
virtuosité époustouflante. Autant influencé par Sergio Léone que
par Jacques Demy ("les parapluies de Cherbourg" est un des films de
chevet du réalisateur), John Woo cojnçoit ses gunfights comme des
ballets, les chorégraphiant comme des sortes de danse de la mort.
D'une intensité et d'une sauvagerie rares, la mise en images
confère à ces scènes quelques choses d'aérien qui en fait des
sommets du genre. MAis se limiter à ce seul aspect du film serait
mal le comprendre, et passer à côté de ses nombreuses autres
richesses.
Car "the killer" est un film de samouraïs en costards qui se
servent de flingues en guise d'épées. Il innove en transposant
l'esprit chevaleresque des films de sabre dans un univers policier
contemporain. Ainsi, le film raconte une histoire d'hommes par
l'entremise de thèmes tels que l'amitié virile, l'honneur et la
rédemption. Cette dimenson tragique et shakespearienne du récit met
en exergue les actes de ces hommes luttant pour des principes
dépassés. Dès lors, de personnages de fiction, les protagonistes se
transcendent pour atteindre un statut quasi mythologique. Ce
parti-pris est prétexte à un des gimmicks récurrents du
réalisateur, à savoir ce fameux face à face où les protagonistes se
braquent simultanément et de manière quasi symétreique.
"The killer" est également un film charnière dans l'histoire du
cinéma de genre. Il y a clairement un avnt et un après "the
killer". A l'instar du "Piège de cristal" de John Mc Tiernan, il
codifie les règles du genre. Nombre de cinéastes reconnaîtront
l'influence du film de John Woo, que ce soit Tarantino avec
"Reservoir dogs" ou les frères Wachowski avec "Matrix", pour ne
citer que les plus célèbres.
Ici, l'usage du ralenti sert à magnifier une action, à en augmenter
la portée. Mais l'artifice serait inutile s'il n'étai associé à un
montage exemplaire, qu'il a élaboré depuis les deux "le syndicat du
crime". A montrer dans toutes les écoles de cinéma, il tend à
rallonger et à dilater l'action. Par exemple, jusqu'alors, lors
d'une fusillade, le héros tirait et l'adversaire touché
s'effondrait. Ici, le héros tire, l'adversaire est touché, le
tireur continue, l'adversaire tombe, le tireur continue de "vider"
son chargeur. En jouant ainsi sur le temps, John Woo confère une
atmosphère irréaliste à ses scènes d'action. ce parti-pris est
appuyé par le fait que jamais les protagonistes ne rechargent leurs
armes tirant des milliers de balles. L'aspect matériel n'est plus
une contrainte et le spectateur l'accepte sans difficulté.
De même, "the killer" joue sur l'espace. Que ce soit dans la scène
du restaurant où lors de ce final dantesque à l'église, il
multiplie les points de vue et explose ainsi les limites de
l'espace. Les protagonistes, plongent, sautent, glissent et
continuent de faire parler la poudre. Rien ne peut les arrêter. En
déifiant ainsi totalement ses personnages, John Woo, fervent
chrétien,n'a plus qu'à parachever son oeuvre en assénant de manière
imparable une imagerie religieuse (croix, église, statues
iconiques, colombes), que l'on retrouvera dans "Volte/Face".
"The killer" est un film incontournable, une oeuvre charnière qui a
influencé et influencera encore un grand nombre de réalisateurs.
Parce que John Woo a un sens inné de la mise en scène, parce que
Chow Yun Fat y livre sa meilleure prestation, parce que le film est
un cas d'école, "the killer" peut à juste titre être considéré
comme le plus grand ploar d'action de tous les temps.
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Date de création : 19/10/09 Dernière mise à jour : 23/10/09 19:38 / 166 articles publiés