Accueil Date de création : 19/10/09 Dernière mise à jour : 23/10/09 19:38 / 166 articles publiés

The killer, de John Woo, avec Chow Yun Fat, Danny Lee, Sally Yeh  (Action) posté le mardi 20 octobre 2009 09:40

woo, chow yun fat

Jeff, un tueur à gages décidé à changer de vie va, lors de son dernier "contrat", provoquer la cécité d'une jeune chanteuse. Pour trouver l'argent nécessaire à l'opération de la jeune femme, il accepte un autre contrat.

Attention : film culte ! The killer est LE chef d'oeuvre de John Woo, et ce à bien des égards.
Passons rapidement sur le casting. Sally Yeh n'apporte rien d'exceptionnel, vu qu'il lui est juste demandé de pleurer et crier. L'histoire d'amour de son personnage avec celui de Jeff est improbable, et est appuyée par une musique légèrement niaise. Ce léger défaut scénaristique fait écho au côté "déjà vu 100 fopis" de l'histoire du flic et du tueur. Mais c'est sans compter sur la mise en scène de John Woo et sur ses deux acteurs principaux. Danny Lee est impeccable en flic intègre et presévérant, avec juste ce qu'il faut de hargne et de conviction. Quant à Chow Yun Fat, il suffit de voir avec quel charisme et quelle classe légendaire il interprète ce tueur pas comme les autres pour se rendre compte à quel point cet acteur est un mythe !
Alors si le film est basé sur une histoire pouvant céder à la guimauve et la répétition, comment se fait-il que "the killer" ait une réputation aussi élogieuse ? Tout simplement parce que John Woo a fait en sorte que l'association des défauts et des qualités fasse basculer son film vers le mélodrame d'action.. Et ça marche ! C'est là son premier exploit.

Ce film est un poème épique et violent, à la mise en scène d'une virtuosité époustouflante. Autant influencé par Sergio Léone que par Jacques Demy ("les parapluies de Cherbourg" est un des films de chevet du réalisateur), John Woo cojnçoit ses gunfights comme des ballets, les chorégraphiant comme des sortes de danse de la mort. D'une intensité et d'une sauvagerie rares, la mise en images confère à ces scènes quelques choses d'aérien qui en fait des sommets du genre. MAis se limiter à ce seul aspect du film serait mal le comprendre, et passer à côté de ses nombreuses autres richesses.
Car "the killer" est un film de samouraïs en costards qui se servent de flingues en guise d'épées. Il innove en transposant l'esprit chevaleresque des films de sabre dans un univers policier contemporain. Ainsi, le film raconte une histoire d'hommes par l'entremise de thèmes tels que l'amitié virile, l'honneur et la rédemption. Cette dimenson tragique et shakespearienne du récit met en exergue les actes de ces hommes luttant pour des principes dépassés. Dès lors, de personnages de fiction, les protagonistes se transcendent pour atteindre un statut quasi mythologique. Ce parti-pris est prétexte à un des gimmicks récurrents du réalisateur, à savoir ce fameux face à face où les protagonistes se braquent simultanément et de manière quasi symétreique.

"The killer" est également un film charnière dans l'histoire du cinéma de genre. Il y a clairement un avnt et un après "the killer". A l'instar du "Piège de cristal" de John Mc Tiernan, il codifie les règles du genre. Nombre de cinéastes reconnaîtront l'influence du film de John Woo, que ce soit Tarantino avec "Reservoir dogs" ou les frères Wachowski avec "Matrix", pour ne citer que les plus célèbres.
Ici, l'usage du ralenti sert à magnifier une action, à en augmenter la portée. Mais l'artifice serait inutile s'il n'étai associé à un montage exemplaire, qu'il a élaboré depuis les deux "le syndicat du crime". A montrer dans toutes les écoles de cinéma, il tend à rallonger et à dilater l'action. Par exemple, jusqu'alors, lors d'une fusillade, le héros tirait et l'adversaire touché s'effondrait. Ici, le héros tire, l'adversaire est touché, le tireur continue, l'adversaire tombe, le tireur continue de "vider" son chargeur. En jouant ainsi sur le temps, John Woo confère une atmosphère irréaliste à ses scènes d'action. ce parti-pris est appuyé par le fait que jamais les protagonistes ne rechargent leurs armes tirant des milliers de balles. L'aspect matériel n'est plus une contrainte et le spectateur l'accepte sans difficulté.
De même, "the killer" joue sur l'espace. Que ce soit dans la scène du restaurant où lors de ce final dantesque à l'église, il multiplie les points de vue et explose ainsi les limites de l'espace. Les protagonistes, plongent, sautent, glissent et continuent de faire parler la poudre. Rien ne peut les arrêter. En déifiant ainsi totalement ses personnages, John Woo, fervent chrétien,n'a plus qu'à parachever son oeuvre en assénant de manière imparable une imagerie religieuse (croix, église, statues iconiques, colombes), que l'on retrouvera dans "Volte/Face".

"The killer" est un film incontournable, une oeuvre charnière qui a influencé et influencera encore un grand nombre de réalisateurs. Parce que John Woo a un sens inné de la mise en scène, parce que Chow Yun Fat y livre sa meilleure prestation, parce que le film est un cas d'école, "the killer" peut à juste titre être considéré comme le plus grand ploar d'action de tous les temps.

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